Majorité départementale de Lot-et-Garonne

Lettre ouverte de Joël HOCQUELET, conseiller départemental délégué à la démographie médicale auprès de la Présidente du Conseil départemental à Pierre CHOLLET, conseiller départemental et Président du groupe « l’Avenir ensemble » 

Le 25 mai 2021

 

Monsieur le Conseiller départemental 

 

Cher collègue, Cher confrère,

 

Les inégalités territoriales d’accès aux soins représentent incontestablement un dossier majeur, suffisamment important pour ne souffrir d’aucun raccourci, d’aucune démagogie ou de déclarations à l’emporte-pièce, même, et surtout, en période de campagne électorale.

 

Il est indispensable d’aborder le sujet avec détermination et ambition, mais également humilité, pragmatisme et responsabilité.

 

Vos effets d’annonce viennent remettre en question, voire mépriser, l’immense travail effectué par tous les acteurs locaux fédérés localement autour de notre collectivité pour lutter contre la désertification médicale. Ce n’est pas là un procédé de nature à faire avancer notre département et c’est tout à fait dommageable.

 

Le Conseil départemental de Lot-et-Garonne s’est impliqué très tôt dans ce dossier en créant, dès 2009, la Commission Départementale de Démographie Médicale (CODDEM), et en s’engageant dans un plan global de lutte contre la désertification médicale.

 

La Coddem a pour mission première de faire émerger des projets de santé avant tout projet immobilier, précisément pour éviter les coquilles vides que nombre de collectivités étaient tentées de créer. Je ne peux croire que ceci vous ait échappé.

 

De plus, les aires de santé ont été créées pour éviter les concurrences entre territoires et avoir des projets cohérents reposant sur des diagnostics pour chaque aire.

 

Cette exigence, qui nous a été reprochée assez souvent, notamment par vos amis politiques, a permis de faire valider tous les projets au niveau du comité de sélection régional : des projets matures, complémentaires et concertés.

 

Nous avons, en outre, obtenu la modification de la doctrine de l’Etat et de l’ARS en obtenant que médecins libéraux et médecins salariés puissent cohabiter dans une MSP, ce que la loi interdisait. Je ne peux croire non plus que ceci vous ait échappé.

 

De l’avis de tous, Ordre des médecins, ARS, partenaires institutionnels et professionnels, le travail de la CODDEM a ainsi permis d’éviter la catastrophe annoncée il y a 10 ans par la projection démographique de l’Ordre des médecins.

 

La réalité que vous semblez occulter, c’est que la quasi-totalité des nouvelles installations de médecins se sont faites soit en MSP soit en lien avec le projet de santé porté par une MSP.

 

De nombreux projets, pourtant combattus initialement localement par des élus locaux comme celui de Castillonnes, ont par la suite démontré leur utilité.

 

Pour autant, la lutte contre la désertification médicale reste un combat d’actualité et je me réjouis que votre groupe en prenne aujourd’hui, tardivement, conscience.

 

Depuis 2009, nous sommes en permanence vigilants sur les évolutions concernant ce sujet et faisons preuve d’adaptabilité : rencontres avec les promotions de jeunes médecins tous les 6 mois pour connaître leurs souhaits et attentes et modification des régimes d’aides en conséquence, rallonge de 1 M€ de l’enveloppe de 2,8M€ initiale, obtention de la coexistence au sein des MSP de médecins libéraux et salariés, accueil des EPCI dans la CODDEM, élaboration d’un plan d’attractivité global pour faire valoir les atouts du Lot-et-Garonne et préparer l’installation de professionnels en les accompagnant dans leurs démarches personnelles…

 

Aujourd’hui nous allons plus loin.

 

Constatant l’échec du dispositif « médecin Buzyn », aucun des postes créés par l’Etat n’ayant été pourvu, la Majorité départementale a une fois de plus pris ses responsabilités et annoncé son intention de créer une équipe mobile de médecins salariés du Département afin de renforcer les zones déficitaires, en concertation avec les élus et professionnels de santé.

 

Nous profiterons également de la révision prochaine du Schéma Régional de Santé par l’ARS pour obtenir la modification du zonage actuel, défavorable à certains territoires lot-et-garonnais.

 

Vous le voyez, la Majorité départementale n’a pas attendu vos annonces médiatiques pour agir.

 

Pour autant, si le Conseil départemental, et plus globalement les collectivités locales, ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les déserts médicaux, elles ne pourront se substituer indéfiniment à l’Etat qui doit rapidement prendre les mesures nécessaires à la présence de professionnels de santé partout sur le territoire national.

Et ce ne sont pas vos déclarations péremptoires, trouver 116 médecins de plus, ou celles de la coordination rurale, dans une surenchère inquiétante, garantir la présence d’un médecin pour tous les lot-et-garonnais à moins de 10 kilomètres qui apporteront des solutions concrètes et réalistes. 

 

Assurer la présence de professionnels de santé en milieu rural ne se décrète pas, cela se construit avec des moyens, de la volonté et l’engagement de tous, professionnels, collectivités et État. 

 

C’est l’objectif que s’est fixé la Majorité départementale, loin de vos incantations et critiques habituelles.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller départemental, Cher collègue, Cher confrère, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

 

Joël HOCQUELET,

Conseiller départemental délégué à la démographie médicale

auprès de la Présidente du Conseil départemental